Mew - "+ -"


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SCORE: 1 HUZZAH!*


Tant attendu depuis 2009 et leur dernier opus en date, le sixième disque studio de Mew oppose à ce dernier (No More Stories Are Told Today, I'm Sorry They Washed Away No More Stories, The World Is Grey, I'm Tired, Let's Wash Away) le titre d'album le plus court de la discographiedu groupe danois : + -. Manière de signifier qu'après le (délicieux) fatras d'idées que représentait leur disque précédent, le quartet reformé (suite au retour durant les sessions d'enregistrement du bassiste, Johan Wohlert, qui avait quitté le groupe en 2006 pour consacrer plus de temps à sa famille) souhaite offrir un album plus concentré, où chaque chanson a sa propre identité bien séparée des autres, et n'hésitant pas à s'étirer en longueur – ce qui en fait l'album le plus long et varié de Mew à ce jour, malgré le petit nombre de pistes (10) qui renvoie à Frengers, l'album de 2003 qui a consacré à l'international leur pop tout autant introspective que taillée pour les stades.

 

Le groupe, qui n'est pas à un paradoxe près, a ouvert la composition à un ensemble d'influences plus vaste que jamais auparavant, le plus grand dénominateur commun étant cette fois-ci une approche clairement mélodico-pop, déjà présente dans leur musique (principalement sur Frengers), mais qui se retrouve ici au premier plan, et non plus seulement en contrepoint d'un travail sonore héritier du meilleur des musiques expérimentales amplifiées des années 90 (shoegaze, dream-pop, post-rock) comme sur leurs albums précédents. Moins aventureux que la pop progressive et atmosphérique de Frengers et No More Stories..., qui déjouait la traditionnelle structure couplet-refrain au profit de sections hétérogènes juxtaposées, ou que le hard-rock ultra-mélodique de leur chef-d’œuvre de 2005, And the Glass Handed Kites, qui en ont fait mon groupe pop, au sens plein et noble du terme, préféré de la dernière décennie, + - privilégie une attention à l'immédiateté mélodique et formelle et à l'épanchement extatique, amplifiant des caractéristiques déjà présentes précédemment, mais qui prennent ici toute la place. On y perd beaucoup, mais y gagne également un nouvel éclairage sur un groupe que l'on n'écoutait peut-être plus assez – trop occupés à gloser sur les concepts à la base de leurs disques. Ici pas d'échappatoire, il ne sera question que de musique, et de juger le groupe sur la qualité de son songwriting et l'efficacité de ses arrangements.

 

"Satellites" ouvre le bal, une chanson cosmique que le groupe (peu habitué à cette méthode de travail) a déjà longuement étrenné en live depuis 2012, offrant au public l'évolution de ce work-in-progress et son avancée vers sa forme définitive. Elle donne le ton, avec sa superbe mélodie, parfaitement servie par de subtiles arpèges de guitare, son souci du détail repérable aux notes de synthé éparses qui en jalonnent le parcours jusqu'à l'ouverture à la harpe des dernières secondes, ses quelques recoins harmoniques, et son refrain qui sonne peut-être un peu trop évident, mais dont la place, entrant en relation avec les autres parties de la chanson toujours dans cette même logique de juxtaposition, s'insère bien dans l'ensemble. C'est de la musique aux phrases faites pour vous revenir en mémoire n'importe quand, au détour d'un mouvement, d'une inflexion. De la musique «tubesque», faite pour évoquer durant ses ritournelles des images de paysages originels, jouant avec réussite de cette étrange familiarité que la musique pop peut provoquer, renvoyant par sa géométrie à d'autres chansons, d'autres gestes, d'autres territoires. Une chanson est un visage est un lieu.

 

Le problème, c'est que l'album dans son ensemble ne parvient pas à maintenir le niveau, ces éléments se retrouvant certes d'une piste à l'autre, mais avec une qualité d'écriture inégale. Globalement très entraînant, faisant la part belle aux mélodies percutantes sous-tendues d'enchaînements harmoniques un peu facile et aux boucles rythmiques, en une synthèse uptempo à vocation émotionnelle qui ressortit davantage à l'esthétique électro-pop (ce qui donne un tout autre mode d'écoute aux quelques riffs encore présents, dans "Witness" et "My Complications" par exemple), mais que la singularité de la voix de Jonas Bjerre et le travail de tout instant des arrangements évitent de basculer complètement dans le mauvais goût qui caractérise certains groupes de stadium-pop. Il y a de belles réussites tout au long de l'album: les deux chansons citées au-dessus offrent un bel équilibre entre accessibilité mélodique et pesanteur des guitares (avec la présence de Russell Lissack de Bloc Party sur la seconde) avec une basse toujours très présente, "Making Friends" emprunte de somptueux chemins tortueux là où "Clinging to a bad dream" tire le meilleur parti des architectures à tiroirs pour lesquelles le groupe est reconnu, quant au morceau de bravoure "Rows", il renferme une véritable anthologie de tout ce que Mewsait faire de mieux: puissance émotionnelle rare, travail constant du matériau sonore en soubassement de cette voix qui monte en flèche pour vous transpercer. Ces pistes d'un haut degré d'exigence compensent la relative facilité à l’œuvre dans le reste de l'album, pas vraiment du standing de Mew, malgré les beaux moments que réservent chacune des chansons, nichés au sein de leur lyrisme un peu attendu.

 

Étonnamment cette immédiateté requiert plusieurs écoutes avant d'être acceptée. Mais, le fan, dont je suis, doit déposer de son temps pour prendre parfaitement la mesure du disque. Lui, qui s'identifie d'une certaine façon à l'ethos du groupe, essaiera de débusquer un parcours, une trajectoire, un sens à donner à ce qu'il entend, une façon de le rattacher au reste de cette carrière qu'il connaît et aime, et qui fera qu'il pourra préférer cet album à d'autres qui lui paraitront pourtant meilleurs. Dans une année où les reformations de groupes pop font florès (pour ne citer qu'eux: Sleater-Kinney, Blur, a-ha – dont le claviériste Magne Furuholmen a par ailleurs collaboré avec Jonas Bjerre dans l'intervalle séparant les deux derniers albums, dans un projet d'art-pop nommé Apparatjik), + - arrive à point nommé. Plus extraverti que ce qu'a-ha (groupe avec qui Mew partage bien plus que l'origine scandinave) propose habituellement, + - nous offre la même conception d'une pop intelligente qui stratifie sa sensibilité sous son accessibilité. À l'heure des bilans, il s'intégrera parfaitement dans une comparaison des mérites respectifs de ces groupes en 2015, de ce qu'ils peuvent encore apporter après avoir traversé plusieurs décennies. Et s'il est bien un groupe pour lequel l'expérience du live donne une autre dimension à sa musique, c'est de Mew dont il s'agit. Le groupe a l'art de mélanger ses anciens titres de noblesse et ses récents faits d'armes en un show parfaitement organique. Il sera à Paris le 22 mai prochain, pour un concert qui s'annonce déjà bouillonnant. Affaire à suivre, donc...


* The DPM Rating System
When we rate an album or concert etc we rate it on the "Huzzah!" system. A score can be between 1 and 3 huzzahs:
1 Huzzah! - The reviewer likes it. You should give it a listen!
2 Huzzah! - The reviewer recommends it - and is delighted it is part of his/her collection
3 Huzzah! - The reviewer strongly recommends it - and it has already entered heavy rotation on his/her personal playlists.

On rare occasions there may be a 0 Huzzah! review. The reasons will be explained in the article. On equally rare occasions you may even see a 4 Huzzah ... well explain that another time :)

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